Viens faire le tour du jardin avec moi : en août, on cueille la verveine, la sauge et la mélisse le matin, on arrose le soir, et on laisse quelques fleurs monter en graines. Je te raconte mes gestes du mois, tranquillement, comme chaque mois maintenant.
L’article
Nous voilà en août, mon petit. Après la lettre de juin, je t'avais promis qu'on se retrouverait chaque mois pour faire le tour du jardin ensemble : c'est devenu notre rendez-vous, et j'y tiens. Ce matin, en ouvrant les volets, j'ai senti que l'été basculait doucement. La lumière est encore chaude, mais elle arrive de biais, le soir tombe un peu plus tôt qu'en juillet, et mes herbes le savent avant moi. Août, c'est le mois où l'on récolte ce que le jardin veut bien donner, sans rien lui demander de plus.
Les grandes récoltes : verveine, sauge et mélisse

En août, je cueille le matin, une fois la rosée partie et avant que le soleil tape. C'est le moment où les feuilles sont les plus parfumées, tu le sens rien qu'en frôlant les plants. Ma verveine odorante me donne sa deuxième coupe de l'année : je prends les tiges hautes, à deux mains, sans jamais dégarnir le pied. La sauge, je lui prends ses belles feuilles, et la mélisse, je la coupe franchement, à une main du sol : elle repartira sans se vexer, c'est la plus brave des trois.
Pourquoi se presser un peu ? Parce que les jours raccourcissent, tout simplement. Passé la fin du mois, les feuilles se font moins parfumées, et les anciens le disaient déjà : ce que tu n'as pas cueilli avant la fin d'août, laisse-le au jardin. Ces trois-là, ce sont mes tasses d'hiver. Traditionnellement, on gardait la verveine pour la tisane du soir, la sauge pour les lendemains de bons repas, la mélisse pour les soirées où la tête tourne en rond. Je ne te promets rien, moi, je te transmets : c'est ce qu'on faisait chez nous, et je le fais encore.
Arroser le soir, laisser monter, ne rien brusquer

L'arrosage, en août, c'est le soir, quand la terre a fini de rendre sa chaleur. J'arrose au pied, jamais sur les feuilles, avec mon vieil arrosoir en zinc qui a l'âge de mes enfants. L'eau du soir descend tranquillement jusqu'aux racines et le jardin boit toute la nuit. Le matin, il te dit merci, ça se voit à sa tenue.
Et puis il y a ce que je ne coupe pas, exprès. Un pied d'aneth, quelques ombelles de coriandre, deux ou trois têtes de mélisse : je les laisse monter en graines. Une partie se ressèmera toute seule là où le vent la posera, une partie finira dans mes petites enveloppes en papier pour le printemps, et le reste régalera les oiseaux quand viendront les jours gris. Un jardin qui grène, c'est un jardin qui pense à l'année d'après.
Enfin, regarde ton jardin en face : en août, il fatigue, et c'est normal. Les feuilles durcissent, certaines jaunissent, la terre se resserre. On ne le brusque pas. Pas de grande taille, pas de bouleversement : on ramasse ce qui se donne, on paille ce qui a soif, on laisse le reste souffler. Et pendant qu'il souffle, je prépare déjà l'automne : un coin de terre fine, bien émiettée, pour semer à la fin du mois le persil, le cerfeuil et la mâche. C'est le petit secret d'août : on dirait que tout finit, et en vérité tout recommence.
Ce que je te souhaite pour ce mois d'août
Ce mois-ci, je te souhaite des mains qui sentent la verveine, un arrosoir pas trop lourd, et le courage de ne pas tout couper. Je te souhaite aussi un soir, un seul, où tu t'assois au milieu de tes pots ou de tes planches sans rien faire du tout, juste pour regarder ce que l'été a fabriqué avec toi.
Si tu prends la série en route, elle commence avec la lettre du mois de juin au jardin, et je t'avais aussi raconté l'été au jardin au début de la saison. Pour tes bouquets fraîchement coupés, tout est dans ma lettre sur le séchage des herbes. Les curieux iront relire mes fiches sur la verveine odorante, la sauge et la mélisse. Et si tu repars te promener avant la rentrée, glisse dans ta poche mon herbier de vacances.
Je te laisse : ma verveine m'attend, et le soir n'attend personne en août. Prends soin de toi, et laisse ton jardin souffler. On se retrouve le mois prochain, même banc, même théière.
FAQ
Pour récolter la verveine odorante en août, je coupe les tiges le matin dès que la rosée s'est évaporée mais avant que le soleil ne tape trop fort. C'est à ce moment-là que les feuilles de verveine gardent toute leur bonne odeur de citron. Je les fais ensuite sécher à l'ombre, dans un endroit bien sec et aéré, pour en profiter tout l'hiver.
Oui, tu peux boire ta tisane de mélisse du jardin tous les jours, surtout le soir après le repas pour t'aider à te détendre avant de dormir. C'est une plante douce que l'on utilise depuis des générations pour apaiser les esprits tracassés. Si tu es enceinte ou si tu as un doute sur ta santé, demande tout de même conseil à ton médecin, c'est plus sûr.
Je laisse monter en graines mes fleurs de fin d'été pour que la nature fasse son travail et que le jardin se resème tout seul l'année d'après. C'est un secret de grand-mère tout simple : ces graines nourrissent les petits oiseaux du jardin pendant l'automne et me permettent de faire de belles économies au printemps suivant.
La meilleure heure pour arroser ton potager en août, c'est le soir au coucher du soleil ou très tôt le matin pour éviter que l'eau ne s'évapore tout de suite. En arrosant au pied des plantes quand la terre est refroidie, tu économises l'eau et tu évites de brûler les feuilles de tes légumes. C'est un geste de bon sens que mon propre grand-père m'a appris.
La sauge officinale se prépare traditionnellement en infusion après avoir fait sécher ses grandes feuilles veloutées à l'abri de la lumière. On l'utilise depuis toujours pour le bien-être de la gorge ou pour aider à digérer après un repas un peu trop lourd. Attention cependant, car la sauge est une plante très puissante qui ne convient pas à tout le monde, alors parles-en à ton pharmacien si tu prends des médicaments.





