Mon amie Fatima m'a envoyé une photo de son plateau de thé à la menthe, et ça m'a fait sourire. La même petite plante qui pousse comme une folle dans mon jardin fait le tour du monde. Viens, je te raconte.
L’article
Ce matin, j'ai reçu une photo de mon amie Fatima, qui vit à Marrakech. Un grand plateau argenté, une théière au bec long comme un cou de cygne, des petits verres dorés, et une montagne de menthe fraîche débordant du plateau. « On pense à toi », qu'elle m'a écrit. Et moi, en regardant ma propre menthe qui pousse comme une folle au pied du mur, je me suis dit : c'est fou, c'est la même petite plante, et elle fait le tour du monde.
Le thé de mon amie de Marrakech

Fatima m'a expliqué son geste, une fois, quand elle est venue me voir. Chez elle, le thé à la menthe, ce n'est pas juste une boisson : c'est l'accueil, c'est l'amitié qu'on verse. On fait bouillir le thé vert, on ajoute une grosse poignée de menthe verte bien fraîche et du sucre, et surtout on verse de très haut, en levant la théière, pour faire mousser. Elle m'a dit que le premier verre est amer comme la vie, le deuxième doux comme l'amour, et le troisième léger comme la mort. J'ai trouvé ça beau, moi, cette façon de mettre de la poésie dans une tasse.
Et le plus drôle, tu vois, c'est que cette menthe qu'elle met à profusion, c'est une vieille cousine de la mienne. La menthe voyage depuis toujours. On en a retrouvé des feuilles séchées jusque dans les tombeaux d'Égypte. Elle a poussé partout où l'homme s'est installé, et chaque pays lui a inventé sa façon de la boire.
La mienne, celle du soir, après le repas

Moi, je n'ai pas le plateau argenté ni le geste de verser de haut. Ma menthe à moi, c'est la poivrée, celle qui pique un peu le nez, et je la bois plus simplement. Quelques feuilles fraîches froissées dans une tasse, de l'eau frémissante, on couvre le temps de débarrasser la table, et voilà. C'est ma tasse d'après-repas, celle qu'on prend quand on a un peu trop mangé et que le ventre est noué. Depuis toujours, on s'en fait une bonne tasse pour aider à la digestion et retrouver de la légèreté.
La même feuille, le même plaisir de verser, et pourtant chacun sa façon. C'est ça qui me plaît, au fond : la menthe parle toutes les langues. Fatima la boit sucrée et moussue avec ses amies sur la terrasse, moi je la bois nature et tranquille après le dîner, et toutes les deux, à des milliers de kilomètres, on se fait du bien avec la même plante.
Juste un mot de prudence, parce que la poivrée a du répondant : sa forme la plus concentrée, l'huile essentielle, est bien trop forte pour les tout-petits, et si tu as l'estomac qui remonte facilement, vas-y en douceur. Pour une simple tasse de feuilles, chez les grands, c'est un vrai bonheur.
Alors, tu la bois comment, toi ?
Voilà à quoi je pensais, ce matin, devant ma tasse. J'aime bien me dire que quelque part, une autre grand-mère verse la même menthe dans d'autres verres. Ça me tient compagnie.
Si tu veux tout savoir sur ma préférée, je t'ai écrit sa fiche complète dans l'herbier, et je t'avais déjà raconté ma menthe poivrée du jardin l'autre fois. Pour les ventres trop pleins, file voir ce que je fais pour la digestion difficile ou quand le ventre tire. Et pour les grosses chaleurs qui n'en finissent pas, mes petites tisanes rafraîchissantes t'attendent.
Cette semaine, fais-moi plaisir : prépare-toi une menthe, à ta façon à toi, et pense à ceux que tu aimes en la buvant. C'est tout bête, mais ça relie.





